ISUSI, Javier (de). La divine comédie d’Oscar Wilde

Le 30 novembre 1900, Oscar Wilde s’éteint à Paris dans la chambre miteuse d’un petit hôtel de la rue des Beaux-Arts (« Mon papier peint et moi nous livrons un duel à mort. L’un ou l’autre de nous va devoir partir »). Il n’avait que 46 ans. Condamné par la très puritaine société victorienne à deux ans de travaux forcés, peine maximale requise pour homosexualité et atteinte à la pudeur, le poète avait été libéré cinq ans plus tôt et n’avait dès lors plus écrit une ligne. Oscar Wilde n’avait plus rien, ni biens, ni famille (il n’avait plus le droit de voir ses deux fils), et il sombra vite dans la déchéance et l’alcool. Pourtant, l’écrivain disait qu’il avait mis tout son génie dans sa vie et seulement son talent dans son œuvre. Comment ne pas faire le rapprochement entre cette chute vertigineuse et L’Enfer de La Divine Comédie de Dante, une œuvre vénérée par Wilde ? C’est le pari de Javier de Isusi, qui construit son récit comme une tragédie mise en scène par l’auteur irlandais lui-même.

Le plus dur en prison, ce n’était pas du tout le manque d’alcool, mon bon Henri… Le plus dur, c’était l’absence absolue et implacable de beauté. Il n’y avait absolument rien de beau où poser le regard… Nos visages étaient des masques de souffrance…

Sur fond d’aquarelles sépia, Javier de Isusi retrace la descente aux enfers d’un homme qui a tout perdu et nous livre un portrait intime et émouvant, entre réalité et cauchemar. On y croise quelques rares amis du poète, ceux qui n’avaient pas fui, et des personnalités proches de l’auteur comme André Gide, les frères Machado ou Toulouse-Lautrec, qui s’expriment parfois en solitaire lors d’interviews imaginaires pour nous livrer des impressions personnelles ou des anecdotes.

 

 ~ incipit ~
Paris, juin 1899
T'en fais une tête Antonio ! On dirait que Nadine t'a sucé le sang cette nuit...

 


Oscar Wilde est un véritable personnage de fiction ! On connaît le dandy flamboyant aux réparties assassines, moins l’homme amoindri et détruit qu’il était devenu à la fin de sa vie. Avec son trait vif et virtuose, Javier de Isusi nous livre à la fois un objet d’art, une biographie parfaitement documentée, un témoignage touchant aux couleurs de vieux clichés jaunis, mais aussi une intéressante et profonde réflexion sur la vie, l’Art, l’âme humaine et la recherche du plaisir. Une vraie réussite !



Informations sur l’œuvre

Titre original : La divina comedia de Oscar Wilde
Traduit de l’espagnol : Alejandra Carrasco Rahal

ISBN : 978-2878272475
376 pages
Éditeur : Rackham – Morgan (16/04/2021)


Récompense

2020 : Premio Nacional del Cómic (Espagne)


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